Presse

Interview de Fabien Bardinet dans Les Echos

30 mars 2017

Interview de Fabien Bardinet dans Les Echos

Par Philippe Bertrand, 26/05/2105

« La robotique fait muter des métiers vers des tâches à plus forte valeur ajoutée »

Cofondateur d'Aldebaran, la société qui a mis au point le petit robot Nao, aujourd'hui propriété du groupe télécoms japonais Softbank, Fabien Bardinet dirige Balyo, une jeune pousse française qui fabrique un robot capable de rendre autonomes des engins existants, comme les chariots élévateurs.

Pourquoi êtes-vous passé du robot androïde Nao à des applications plus concrètes, comme la logistique ?

J'ai quitté Aldebaran lors de l'achat par Softbank. Le projet Nao me fait toujours rêver. Mais il faudra encore des années de recherche et d'investissement pour faire d'un robot humanoïde un véritable outil fonctionnel capable d'interagir avec l'homme. Parce que la base de la relation humaine, c'est la conversation et bien qu'ayant beaucoup évolué, ce domaine reste balbutiant. C'est un objectif à vingt ans. J'ai préféré m'orienter vers des projets robotiques concrets et opérationnels ayant un impact sur le marché.

A quoi peuvent vraiment servir les robots aujourd'hui dans le domaine des services, et ne sont-ils pas une menace pour des milliers d'emplois ?

D'abord, à réaliser des tâches à faible valeur ajoutée en divisant le coût par deux. Mais lorsqu'on automatise un chariot élévateur, celui-ci remplit surtout des fonctions horizontales, soit 15 % à 20 % des flux. On remplace des opérateurs, mais sur des tâches qui ne les intéressent plus. Ils préfèrent des opérations plus complexes, en hauteur par exemple. La robotique permet surtout de faire muter des métiers vers des tâches à plus forte valeur ajoutée. Des emplois peuvent disparaître, mais ils seront remplacés par d'autres qui offriront d'autres services où l'humain est durablement inégalable. L'Allemagne compte 170.000 robots, contre 35.000 en France, pourtant le chômage y est beaucoup moins élevé. La robotisation permet de gagner en compétitivité en abaissant des coûts au niveau de la main-d'oeuvre des pays émergents. Ces gains peuvent même permettre de relocaliser certaines productions.

Croyez-vous au développement rapide de la voiture sans chauffeur ?

Je ne suis pas le plus compétent en la matière, mais j'en suis convaincu. Dans les cinq ans, sur les autoroutes d'abord. Pour imaginer plus, il faut passer d'un système qui marche dans 95 % des circonstances à un système fiable à 100 %.

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